L’Histoire de France revisitée par Sarkozy

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Ce 22 octobre, polémique autour de la lecture de la lettre de Guy Môquet aux lycéens de France… Qui oserait s’opposer au devoir de mémoire ? Qui oserait critiquer la commémoration de la mort d’un adolescent fusillé à 17 ans pour son engagement dans la Résistance ?

    La lecture de la lettre est pourtant loin de faire consensus. Nombreux sont les professeurs ayant décidé de boycotter la cérémonie et dénoncent l’instrumentalisation politique de cet hommage. En oubliant la spécificité du combat de Guy Môquet, le caractère communiste de son engagement, son arrestation par la police française, tout la complexité de l’histoire de la Résistance disparaît. Les consignes données pour l’organisation de la cérémonie et la lecture de la lettre « hors contexte » visent en fait la fabrication d’un mythe patriote et non une interrogation critique de l’Histoire.

La réinvention de la mémoire nationale par Nicolas Sarkozy répond à un objectif double : produire une nouvelle histoire nationale, plus mythique que critique, brouillant toutes les analyses et toutes les convictions ; détourner l’attention de son programme réel.

    La récupération politique de figures historiques n’est pas nouvelle et n’est pas l’apanage de la droite. En revanche, elle pose un problème quand il s’agit purement et simplement d’émouvoir, en laissant la complexité des faits historiques de côté.

 

      Le discours sarkozyste sur l’Histoire repose principalement sur l’omission. Il dénonce les effets pernicieux de mai 68, encense la Résistance française sous la Seconde guerre mondiale, mais reste bien silencieux sur d’autres épisodes tels que l’antidreyfusisme ou le pétainisme, plus difficilement exploitables pour servir la cause présidentielle. Lorsqu’il tente de « récupérer » le Front populaire, il écarte la semaine de 40 heures et omet de préciser que les acquis sociaux de 1936 ne sont que le fruit de la pression d’un vaste mouvement de grèves.

    Nicolas Sarkozy sélectionne, trie, extrait des figures et des faits historiques, puis les intègre à son argumentaire, hors de leur contexte, bien entendu. La dimension « sélective » du discours de Sarkozy sur l’Histoire est apparue particulièrement forte pendant la campagne présidentielle. Ainsi la référence à Jules Ferry a permis d’insister sur l’éducation morale en oubliant volontairement de préciser qu’elle avait pour fonction de se substituer à la morale religieuse. Ceci s’explique aisément compte tenu de la conception toute relative que Sarkozy se fait de la laïcité… Cette « captation d’héritage » s’attaqua également à Léon Blum et Jean Jaurès. Citer de tels hommes politiques nécessite de replacer leur pensée dans une époque, dans un contexte politique. Mais Sarkozy simplifie, privilégie les raccourcis et les approximations, sources d’erreurs et de contresens historiques grossiers.

    Autre élément caractéristique des usages de l’Histoire par Nicolas Sarkosy : l’anti-repentance. En dénonçant la repentance, source de la détestation de soi et donc de la détestation de la France selon lui, Sarkozy « repense » l’Histoire de France. Il parle de repentir là où il s’agit de discernement. L’acceptation du rôle de l’Etat Français dans la Shoah, ou de la reconnaissance tardive de la place des troupes indigènes dans l’armée française ne constitue pas une manifestation de la détestation de soi. Ce n’est pas faire acte de repentance que de porter un regard critique sur l’Histoire de notre pays.

    Reconnaître par exemple les inégalités d’accès aux soins médicaux ou à l’éducation dans les colonies entre les populations « musulmanes » ou « africaines » et la population « européenne » ne constitue pas un phénomène de repentance, mais bel et bien, une analyse critique et réaliste de l’Histoire de France. L’omission, voire l’amnésie historique, mène tout droit à la réécriture de l’Histoire et par exemple, à la reconnaissance dans la loi « du caractère positif de la présence française outre-mer »…

   C’est en ce sens que le discours de Nicolas Sarkozy est conservateur : figé sur une Histoire rêvée, au service de la propagande élyséenne.

 

Le lundi 22 octobre 2007